alinéa Contrairement à ce que l'on pourrait penser, on ne juge pas une journée (sa qualité, j'entends) par rapports aux faits qui se sont déroulés au fil du temps, mais plutôt à l'arrière goût que l'on a fond de la gorge quand on se couche, plus ou moins tard le soir, dans un lit qui nous semble plus ou moins accueillant.
alinéa Il y a, par exemple, les journées bonbons. Roses et acidulées. Elles sont simpas, elles ont bon goût, elles te font sourire et faire des têtes bizarres, elles t'activent la pulpe et te font glousser comme une dinde et dire des choses qui n'ont pas de sens. Bien sur les journées bonbons sont rares. Mais de toute façon trop de bonbons, c'est bien connu, c'est môvais pour la santé. (puis, qui voudrait d'une vie rose et acidulée, hein?) Les journées bonbons sont parmi les plus faciles à avaler; ce sont celles qui passent le plus facilement par le châssis de notre gorge, pour aller s'empiler sur le long collier de merdes du passé qu'on accumule jour après jour. Le soir, après ta journée bonbon, tu rechignes à aller te laver les dents, parce que tu voudrais garder encore un peu cet arrière goût d'enfance, qui te fait croire que les jours d'imbécillité naïve mais heureuse te sont encore permis.
alinéa Le lendemain, en te réveillant, tu pueras de la gueule. Je t'avais dit de te laver les dents.
Dur retour à la réalité. Les enfants ne puent pas de la gueule en se réveillant. Conclusion: tu n'est plus un gosse. Tu as l'honneur de pouvoir avoir une gueule de bois bonbonesque. Tu es de mauvais poil. Tu te hérisses et tu craches pendant toute la journée suivante.
Je te l'avais dit. Trop de bonbons n'est pas bon. Ca te fait souffrir. Devient un adulte aigri, tu verras, la pilule passera mieux.
alinéa Il y a aussi les journées bien remplies, que nous nommerons ici comme les journées indigestion. Tu te couches le soir, avec un mal de ventre et un mal à la tête a en faire pâlir les dieux de l'olympe. (que font ils ici? j'en sais rien ma foi.). Quand tu t'allonges, tu as les dents du fond qui baignent dans la fatigue et le stress accumulés dans la journée. Ca te donne envie de gerber. Vomir le monde. Vomir ta vie. Mais bon. Avec un peu d'entraînement, tu apprendras à tout ravaler avec fatalisme ( "et une grimace de dégoût pour la table n° 5165456 du restaurant des "heures qui passent", une !" ). Parce que oui. Tout vomir ne servirait à rien. Tu devrais tout recommencer à zéro. Tout ré-avaler. Un sysiphe des temps modernes quoi. Alors tu te couches. Tu te frottes les yeux pour enlever les embryons de larmes qui menaçaient la ligne d'horizon de tes cils. Tu plonges ton visage dans l'oreiller, et après quelques minutes de silence obstiné, tu commences à ronfler comme un porc. Tu vois ? T'as survécu finalement.
alinéa Le lendemain... Et bien le lendemain, tu auras oublié. Car c'est ça un sommeil réparateur. C'est un sommeil qui efface. Tu peux donc te lever tranquillement le matin, sans avoir l'impression d'avoir mangé une salade d'enclumes le soir précédent.
Mais le sommeil réparateur n'est pas toujours là malheureusement. Si tu te souviens de ta journée précédente, je te le concède, tu as le droit de chialer. Tu as le droit de hurler au ciel "MAIS POURQUOI MOI???". Ca te fera du bien, juste de te dire que c'est pas ta faute, c'était écrit, ainsi parlait Zarathustra, et inch'allah et caetera. De toute façon, là haut, ils s'en tapent.
alinéa Il y a, bien sur, les journées X, les journées anonymes, qui sont tellement anonymes que je suis incapable de te les décrire, je les ai oubliées.
Hum. Je faillis à ma tâche. C'est frustrant.
Le fait est que, ces journées X constituent la majorité du collier de notre vie. Elles s'empilent le long du fil. Perles fades et difformes, qui font un collier étrange et biscornu. Elles sont sales, n'ont aucune noblesse. Mais dis toi bien ça : elles sont à ton image. En tant qu'être X, tu vis des journées X. Logique, non ? Eh bien je hais cette logique. Je fais de la résistance, et je t'encourage a faire de même. Je refuse que l'on nous traite comme ça. Des journées tragiques ok, des journées bonbons ça va, des journées d'indigestion passe encore, mais des journées anonymes ! De qui se moquent ils?
Le lendemain d'une journée X, tu as la nette impression de ne pas avoir fait avancer le schmilblik d'un poil. Il reste prostré devant toi, sage et immuable.
alinéa Il y a les journées médicaments. Les journées où tu te soignes, parce que tu as terriblement mal. Ongle incarné comme peine de coeur, tout est sujet à traitement. Malheureusement, je ne peux pas dévoiler mes médicaments... C'est contre le secret médical. Contre le serment d'Hippocrate.
Non, plus sérieusement, je ne peux pas tout simplement parce que mes médicaments ne marcheraient probablement pas pour toi. Je veux dire, je peux difficilment te proposer autre chose que de la bonne musique, un bon film, et le sentiment que ta vie est la plus tragique des vies humaines que la Terre ait porté, et le tour est joué. Te voila transformé en héros tragique des temps modernes, desespéré mais noble. Tout ce qu'il faut pour se remonter le moral. Une impression d'être dans son droit, dans ton rôle de ton ongle incarné jusqu' à la pointe fourchue de tes cheveux et la verrue que tu as que tu as sur le nez. Tu as ta place dans la société. Mouton noir, va.
(Oui. J'exagère. Désolée. J'ai la plume hyperbolique ce soir.)
Puis des fois, la pilule est difficile à avaler. Le soir tu frappes ton coussin de tes petits poings sans force, tu fais un gros caca nerveux qui te coure autour en criant "MAYDAY, MAYDAY, HUSTON WE GOT A PROBLEM" jusquau moment ou tu en as marre, et tu l'écrases d'un coup de pied rageur. Et tout d'un coup ça va mieux.
Le lendemain tu te réveilles les yeux bouffis, à fixer le cadavre du caca nerveux de la veille.
Rest In Peace, dit la pierre tombale du caca nerveux, apparemment fervent angliciste.
Repose En Paix pour les frogs que nous sommes.
Apres quelques larmes de circonstance (tu sais, celles en plastiques que tu te colles avec du scotch en dessous des yeux en faisant "bouhouuuuu...snif." pour te donner une contenance...) tu l'oublies, et il va rejoindre le passé. Il disparaît.
alinéa Il y a les journées rêves. Les journées nébuleuses ou ton cerveau se démarque par un absentéisme frisant la non-existence. Ces journées tu les passes bouche-bée, avec un filet de bave te coulant alternativement sur les pieds, les genoux, ou même sur tes cahiers de cours selon l'endroit et la position dans laquelle tu te trouves. Tu as l'impression que tout passe extrêmement vite et doucement à la fois. Quand quelqu'un te parle, tu le regarde avec tes yeux vides, et la personne qui a commis l'imprudence de t'adresser la parole fait un grand bond en arrière de peur de trébucher et tomber dans le vide intersidéral caché derrière ton regard. Dans le bus, des amis bien pensants t'attachent le bras aux espèces de triangles suspendus au toit du bus, pour éviter que tu fasses des roulés boulés a chaque petit tournant projetant de plus en plus de bave de partout. Le soir au moment d'aller te coucher, tu t'effondres littéralement sur ton lit. C'est comme si tu ne l'avais jamais quitté. Tu arrêtes de baver. Ce n'est pas une décision consciente. C'est juste que tu as épuisé ton réservoir de bave pour les dix ans à venir.
alinéa Le lendemain de cette journée dans la vie d'une larve, tu seras frais comme un gardon. Et tes amis se demanderont s'il doivent ou pas alerter la NASA concernant la découverte d'une nouvelle forme de vie lunatique : nous ne comprenons pas, diront-ils, un jour c'est une vraie loque bavante, et le lendemain il/elle est capable de supporter trois heures de mathématiques sans cligner de l'oeil droit une seule fois (nous ne sommes pas des monstres, nous lui laissons le droit de cligner de l'oeil gauche).
alinéa Fais attention. Un jour, sans t'en rendre compte, tu risques bien de finir sans savoir pourquoi dans une petite cage entourée de gens bizarres couverts de combinaisons blanches anti-radiations, avec un petit logo au dessus du pectoral gauche qui dit NASA et de l'autre côté un badge avec écrit dessus : «Bonjour je m'appelle Natasha. Malgré mes lunettes bizarres, ma combinaison blanche et ma seringue king size, je ne suis pas méchante et je te veux du bien ».
Et on y croit.
[...]
Aujourd'hui, à en juger par l'odeur et le goût d'excréments qui me taraudent le palais depuis quelques heures, aujourd'hui était une journée de merde.
-Ben, pourquoi tu fais cette tête?
- T'as déjà eu de la merde dans la bouche ?
°°Mouvement de tête négatif.°°
... Tu devrais essayer un jour. Pour que je rigole.
(x_o) bobo.
Maintenant, vous avez la signification du mot alinéa. Ta journée n'aura pas servi à rien.
Ps: je me suis bien fendue la pêche à écrire cet article.
alinéa Il y a, par exemple, les journées bonbons. Roses et acidulées. Elles sont simpas, elles ont bon goût, elles te font sourire et faire des têtes bizarres, elles t'activent la pulpe et te font glousser comme une dinde et dire des choses qui n'ont pas de sens. Bien sur les journées bonbons sont rares. Mais de toute façon trop de bonbons, c'est bien connu, c'est môvais pour la santé. (puis, qui voudrait d'une vie rose et acidulée, hein?) Les journées bonbons sont parmi les plus faciles à avaler; ce sont celles qui passent le plus facilement par le châssis de notre gorge, pour aller s'empiler sur le long collier de merdes du passé qu'on accumule jour après jour. Le soir, après ta journée bonbon, tu rechignes à aller te laver les dents, parce que tu voudrais garder encore un peu cet arrière goût d'enfance, qui te fait croire que les jours d'imbécillité naïve mais heureuse te sont encore permis.
alinéa Le lendemain, en te réveillant, tu pueras de la gueule. Je t'avais dit de te laver les dents.
Dur retour à la réalité. Les enfants ne puent pas de la gueule en se réveillant. Conclusion: tu n'est plus un gosse. Tu as l'honneur de pouvoir avoir une gueule de bois bonbonesque. Tu es de mauvais poil. Tu te hérisses et tu craches pendant toute la journée suivante.
Je te l'avais dit. Trop de bonbons n'est pas bon. Ca te fait souffrir. Devient un adulte aigri, tu verras, la pilule passera mieux.
alinéa Il y a aussi les journées bien remplies, que nous nommerons ici comme les journées indigestion. Tu te couches le soir, avec un mal de ventre et un mal à la tête a en faire pâlir les dieux de l'olympe. (que font ils ici? j'en sais rien ma foi.). Quand tu t'allonges, tu as les dents du fond qui baignent dans la fatigue et le stress accumulés dans la journée. Ca te donne envie de gerber. Vomir le monde. Vomir ta vie. Mais bon. Avec un peu d'entraînement, tu apprendras à tout ravaler avec fatalisme ( "et une grimace de dégoût pour la table n° 5165456 du restaurant des "heures qui passent", une !" ). Parce que oui. Tout vomir ne servirait à rien. Tu devrais tout recommencer à zéro. Tout ré-avaler. Un sysiphe des temps modernes quoi. Alors tu te couches. Tu te frottes les yeux pour enlever les embryons de larmes qui menaçaient la ligne d'horizon de tes cils. Tu plonges ton visage dans l'oreiller, et après quelques minutes de silence obstiné, tu commences à ronfler comme un porc. Tu vois ? T'as survécu finalement.
alinéa Le lendemain... Et bien le lendemain, tu auras oublié. Car c'est ça un sommeil réparateur. C'est un sommeil qui efface. Tu peux donc te lever tranquillement le matin, sans avoir l'impression d'avoir mangé une salade d'enclumes le soir précédent.
Mais le sommeil réparateur n'est pas toujours là malheureusement. Si tu te souviens de ta journée précédente, je te le concède, tu as le droit de chialer. Tu as le droit de hurler au ciel "MAIS POURQUOI MOI???". Ca te fera du bien, juste de te dire que c'est pas ta faute, c'était écrit, ainsi parlait Zarathustra, et inch'allah et caetera. De toute façon, là haut, ils s'en tapent.
alinéa Il y a, bien sur, les journées X, les journées anonymes, qui sont tellement anonymes que je suis incapable de te les décrire, je les ai oubliées.
Hum. Je faillis à ma tâche. C'est frustrant.
Le fait est que, ces journées X constituent la majorité du collier de notre vie. Elles s'empilent le long du fil. Perles fades et difformes, qui font un collier étrange et biscornu. Elles sont sales, n'ont aucune noblesse. Mais dis toi bien ça : elles sont à ton image. En tant qu'être X, tu vis des journées X. Logique, non ? Eh bien je hais cette logique. Je fais de la résistance, et je t'encourage a faire de même. Je refuse que l'on nous traite comme ça. Des journées tragiques ok, des journées bonbons ça va, des journées d'indigestion passe encore, mais des journées anonymes ! De qui se moquent ils?
Le lendemain d'une journée X, tu as la nette impression de ne pas avoir fait avancer le schmilblik d'un poil. Il reste prostré devant toi, sage et immuable.
alinéa Il y a les journées médicaments. Les journées où tu te soignes, parce que tu as terriblement mal. Ongle incarné comme peine de coeur, tout est sujet à traitement. Malheureusement, je ne peux pas dévoiler mes médicaments... C'est contre le secret médical. Contre le serment d'Hippocrate.
Non, plus sérieusement, je ne peux pas tout simplement parce que mes médicaments ne marcheraient probablement pas pour toi. Je veux dire, je peux difficilment te proposer autre chose que de la bonne musique, un bon film, et le sentiment que ta vie est la plus tragique des vies humaines que la Terre ait porté, et le tour est joué. Te voila transformé en héros tragique des temps modernes, desespéré mais noble. Tout ce qu'il faut pour se remonter le moral. Une impression d'être dans son droit, dans ton rôle de ton ongle incarné jusqu' à la pointe fourchue de tes cheveux et la verrue que tu as que tu as sur le nez. Tu as ta place dans la société. Mouton noir, va.
(Oui. J'exagère. Désolée. J'ai la plume hyperbolique ce soir.)
Puis des fois, la pilule est difficile à avaler. Le soir tu frappes ton coussin de tes petits poings sans force, tu fais un gros caca nerveux qui te coure autour en criant "MAYDAY, MAYDAY, HUSTON WE GOT A PROBLEM" jusquau moment ou tu en as marre, et tu l'écrases d'un coup de pied rageur. Et tout d'un coup ça va mieux.
Le lendemain tu te réveilles les yeux bouffis, à fixer le cadavre du caca nerveux de la veille.
Rest In Peace, dit la pierre tombale du caca nerveux, apparemment fervent angliciste.
Repose En Paix pour les frogs que nous sommes.
Apres quelques larmes de circonstance (tu sais, celles en plastiques que tu te colles avec du scotch en dessous des yeux en faisant "bouhouuuuu...snif." pour te donner une contenance...) tu l'oublies, et il va rejoindre le passé. Il disparaît.
alinéa Il y a les journées rêves. Les journées nébuleuses ou ton cerveau se démarque par un absentéisme frisant la non-existence. Ces journées tu les passes bouche-bée, avec un filet de bave te coulant alternativement sur les pieds, les genoux, ou même sur tes cahiers de cours selon l'endroit et la position dans laquelle tu te trouves. Tu as l'impression que tout passe extrêmement vite et doucement à la fois. Quand quelqu'un te parle, tu le regarde avec tes yeux vides, et la personne qui a commis l'imprudence de t'adresser la parole fait un grand bond en arrière de peur de trébucher et tomber dans le vide intersidéral caché derrière ton regard. Dans le bus, des amis bien pensants t'attachent le bras aux espèces de triangles suspendus au toit du bus, pour éviter que tu fasses des roulés boulés a chaque petit tournant projetant de plus en plus de bave de partout. Le soir au moment d'aller te coucher, tu t'effondres littéralement sur ton lit. C'est comme si tu ne l'avais jamais quitté. Tu arrêtes de baver. Ce n'est pas une décision consciente. C'est juste que tu as épuisé ton réservoir de bave pour les dix ans à venir.
alinéa Le lendemain de cette journée dans la vie d'une larve, tu seras frais comme un gardon. Et tes amis se demanderont s'il doivent ou pas alerter la NASA concernant la découverte d'une nouvelle forme de vie lunatique : nous ne comprenons pas, diront-ils, un jour c'est une vraie loque bavante, et le lendemain il/elle est capable de supporter trois heures de mathématiques sans cligner de l'oeil droit une seule fois (nous ne sommes pas des monstres, nous lui laissons le droit de cligner de l'oeil gauche).
alinéa Fais attention. Un jour, sans t'en rendre compte, tu risques bien de finir sans savoir pourquoi dans une petite cage entourée de gens bizarres couverts de combinaisons blanches anti-radiations, avec un petit logo au dessus du pectoral gauche qui dit NASA et de l'autre côté un badge avec écrit dessus : «Bonjour je m'appelle Natasha. Malgré mes lunettes bizarres, ma combinaison blanche et ma seringue king size, je ne suis pas méchante et je te veux du bien ».
Et on y croit.
[...]
Aujourd'hui, à en juger par l'odeur et le goût d'excréments qui me taraudent le palais depuis quelques heures, aujourd'hui était une journée de merde.
-Ben, pourquoi tu fais cette tête?
- T'as déjà eu de la merde dans la bouche ?
°°Mouvement de tête négatif.°°
... Tu devrais essayer un jour. Pour que je rigole.
(x_o) bobo.
Maintenant, vous avez la signification du mot alinéa. Ta journée n'aura pas servi à rien.
Ps: je me suis bien fendue la pêche à écrire cet article.
